Mise au point sur la THMPD, interview de Chris Dhaenens Cofondateur de Benefyt, Expert Commission des plantes. "Les risques pour la Médecine Traditionnelle Chinoise en Europe et leurs consommateurs." Retrouvez le dossier complet de cette interview sur www.taomedecine.com

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Le jeu du Yin-Yang et la médecine chinoise

on Mercredi, 03 Juillet 2013. Posted in articles

par Christophe Labigne,

Le jeu du Yin-Yang et la médecine chinoise

Les chinois de l’antiquité observèrent que le jour alternait avec la nuit, que les saisons froides alternaient avec les saisons chaudes, que chaque être vivant connaissait des périodes d’activité et de repos. Ils en déduisirent par extension que tout est cycle dans la nature. Mais surtout, ils réalisèrent que cette alternance des polarités est la condition même de toute existence.

Les chinois de l’antiquité observèrent que le jour alternait avec la nuit, que les saisons froides alternaient avec les saisons chaudes, que chaque être vivant connaissait des périodes d’activité et de repos. Ils en déduisirent par extension que tout est cycle dans la nature. Mais surtout, ils réalisèrent que cette alternance des polarités est la condition même de toute existence.

A l’origine, les termes Yin et Yang désignaient les cotés ombragé (ubac) et ensoleillé (adret) d’une même colline. Selon le Shuowen jiezi, dictionnaire de la dynastie des Han ( 206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C), le sens de Yin est : « sombre, comme le nord de la montagne » ; celui de Yang est « forte brillance ». Par extension, le Yin fut associé au noir, au sombre, à la nuit, à la lune, à l’hiver, au nord, à la terre, à l’introversion, au passif, etc. le Yang fut associé au blanc, au clair, au jour, au soleil, à l’été, au sud, au ciel, à l’extraversion, à l’activité etc. Pour la pensée chinoise, le Yin et le Yang sont deux catégories complémentaires, que l'on peut retrouver dans tous les aspects de la vie et de l'univers.

La vie à besoin de l’alternance

Aucune vie ne peut se développer sans variations. Même au plus profond de l’océan, où il fait nuit noire, les organismes vivants sont soumis à des variations de courants plus ou moins froids ou chauds. Dès qu’il y a changement, dès que le milieu est soumis à des variations, la vie peut se développer. Les chinois distinguèrent deux tendances fondamentales: tout ce qui avait tendance à monter, s’extérioriser, chauffer, s’activer, briller s’assimilait au Yang. Tout ce qui avait tendance à descendre, s’intérioriser, refroidir, ralentir, s’obscurcir relevait du Yin. Le Yin et le Yang sont des tendances complémentaires et inséparables. L’un ne peut exister sans l’autre. Ils apparaissent simultanément. Impossible pour un humain de survivre sans dormir. Mais à l'inverse, impossible de survivre sans un minimum d’activité. Repos et activité forment un couple inséparable. Cela signifie par exemple qu’être en suractivité perpétuelle et ne pas parvenir à dormir (insomnie), dénote d’un déséquilibre de type Yang (rester actif). A l’inverse, rester passif trop longtemps (par exemple en cas d’hypersomnie) est un signe de déséquilibre de type Yin. Yin et Yang doivent s’équilibrer pour que la vie perdure normalement.

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Les structures du vivant

Dans la tradition chinoise, la vie est perçue comme un ensemble de forces qui interagissent, selon des lois dont la plus fondamentale est celle du Yin-Yang. La pensée et la médecine chinoise nous invitent à regarder le vivant autrement. Comment s’incarne le jeu du Yin Yang dans la structuration de votre corps ? Sur les faces internes de vos membres et votre abdomen, la peau est douce et tendre, les traits sont  arrondis et les muscles souples. Votre dos, les faces externes de vos membres sont constitués de structures musculaires dures, et plus velues.  Pour la médecine chinoise, le jeu du Yin-Yang est à l’origine de cette bipolarité. Il s’incarne en ordonnant la forme du corps humain, et les courants dynamiques qui la parcourent. Les faces dures sont Yang. Elles sont traversées par des méridiens Yang, véhiculant une énergie dynamique et chaude. Le ventre et les faces internes sont parcourus par des méridiens véhiculant des énergies Yin, nourrissantes et froides. Continuons. La tête, en tant qu’elle est située en haut du corps (Yang), est considérée comme Yang par rapport au bas du corps. Elle est dure (Yang) par rapport au reste du corps. Ce n’est pas par hasard que le cerveau, siège des activités mentales y est situé. Lorsque vous êtes éveillé, l’énergie Yang, dont la nature est de monter s’élève jusqu’ au cerveau, et favorise le réveil de la conscience. L’activité mentale est particulièrement subtile et dynamique, très Yang. Les échanges entre les neurones s’effectuent à une vitesse très rapide dans le cerveau. Disposer d’un esprit vif et clair témoigne d’une bonne circulation du Yang dans le cerveau. La tête est aussi le lieu qui héberge les organes des sens, permettant de capter les stimuli externes. Leur acuité dépend aussi de la bonne circulation du Yang dans la tête. C’est pourquoi lorsque nous dormons (Yin), nos organes des sens sont déconnectés. Mais la division Yin-Yang étant la loi en toutes choses, de la plus grande à la plus petite, la tête possède elle aussi une face Yang, le crane, dur, et une face Yin, plus molle et occupée par les organes des sens. En effet, les yeux, le nez, les oreilles et la bouche sont Yin par rapport au crâne. Ils jouent un rôle de récepteurs (de l’extérieur vers l’intérieur, Yin) qui fournissent les informations au cerveau qui travaille (activité, Yang) les informations. Mais on peut aller plus loin encore : le front, qui est en haut du visage est plus dur (Yang), que les joues et le reste du visage. Continuons encore, à un échelon encore plus petit : le haut du nez est dur et anguleux alors que sa base est évasée et molle. La lèvre supérieure est plus tonique que la lèvre inférieure. Les arcades sourcilières sont plus saillantes que la partie inférieure de l’orbite Tout ceci est le reflet de la divisibilité infinie du Yin-Yang.

Chez l’homme comme dans la nature, tout semble obéir au Yin-Yang. Je vous propose de visualiser un arbre. Ses feuilles sont fines et sensibles par rapport à son tronc et ses racines, plus solides et denses. Si vous portez votre attention sur la base du tronc et que vous suivez le cheminement de la sève, vous vous apercevez que plus vous déplacez votre attention vers le haut et l’extérieur, vers les branches puis les feuilles, plus les structures s’affinent. L’énergétique chinoise considère que l’énergie qui circule dans les feuilles est Yang par rapport à celle qui circule dans les branches, mais que celle qui circule dans les branches est Yang par rapport à celle qui circule dans le tronc, qui est elle-même Yang par rapport à celle qui est active dans les racines. Vu dans l’autre sens, les racines sont Yin/tronc, qui est Yin/ branches etc.   Le pôle le plus Yin (les racines), est enfoui dans la terre. Le pôle le plus Yang (les feuilles) est exposé au ciel et à l’environnement immédiat. C’est pourquoi pendant l’hiver (Yin), l’énergie retourne en profondeur (Yin), alors qu’en été (Yang), elle s’extériorise (Yang) dans les feuilles (Yang).

Yin-Yang et médecine

Quelles sont les applications de la loi du Yin-Yang en médecine? L’examen en médecine chinoise vise à rendre compte de l’état des  forces vitales d’un individu en un temps T. Le premier niveau de différenciation que doit effectuer un praticien en médecine chinoise  est celui des caractéristiques Yin ou Yang de l’Energie de son patient au moment de la consultation. Un exemple vous permettra de comprendre. Beaucoup de céphalées, maux de tête, migraines sont dûs à une ascension trop importante de l’énergie Yang dans la tête. Cet "excès de Yang" emprunte différents canaux (méridiens véhiculant les courants d’énergie) pour monter (le Yang est ascendant, par nature). Ici, l’énergie Yang en excès s’accumule dans la tête, souvent à cause d’émotions Yang qui engendrent de la nervosité (stress, colère, révolte, mécontentement, parfois inconscients), et ne redescend pas. L’énergie s’échauffe, se déséquilibre et les mouvements ascendants dominent les mouvements descendants. Il en résulte une accumulation de Sang et d’Energie dans la tête (le Qi pousse le sang dans les vaisseaux vers la tête). C’est l’ensemble de la vitalité (Energie, Sang, Liquides) qui subit ce mouvement ascendant, lequel se traduit par une sensation de trop plein, de surpression dans la tête. Ainsi, une montée (Yang) excessive de l’Energie se traduira par des symptômes tels que vertiges, maux de tête, bruits d’oreille, visage rouge etc, et sera associée à un déséquilibre de type Yang. A l'inverse, une descente (Yin) trop importante de l’Energie se manifestera par de l’œdème des membres inférieurs, des varices, des prolapsus, ou encore des descentes d’organes.

L’équilibrage du Yin et du Yang est ce vers quoi tend toute action thérapeutique en médecine chinoise. Bien sûr, la médecine chinoise ne se résume pas à la théorie du Yin Yang. Elle fait état de théories plus complexes qui nécessitent un long apprentissage. Mais il reste vrai d’affirmer que tous les principes de traitement qu’un praticien en médecine chinoise met en place, quelle que soit la pathologie, le motif de la consultation, rhume, diabète ou dépression, visent à rétablir ou renforcer l’équilibre individuel Yin-Yang, dont dépendent en définitive toutes les fonctions physiologiques et psychiques sans exception.

C’est pourquoi les chinois de l'antiquité ne payaient pas leur médecin s'ils tombaient malades. Le médecin chinois était payé pour maintenir l'équilibre vital individuel, afin de préserver la santé de son patient. Sachant reconnaitre le terrain de chacun, il pouvait déceler en amont les tendances pathologiques. Son travail consistait à entretenir l'équilibre, à prévenir au sens littéral du terme les déséquilibres afin de les traiter avant qu'ils n'engendrent des pathologies.

La théorie du Yin-Yang permet de modéliser l’équilibre vital, d’en dresser un état des lieux dynamique, afin d’orienter l’action thérapeutique non pas à priori vers la disparition des symptômes, mais vers la restauration d’un équilibre dynamique sain, la disparition de la souffrance étant ici la conséquence de la restauration de cet équilibre. Dans tous les cas, la disparition des symptômes est consécutive au rétablissement des courants vitaux, et par conséquent, à la restauration de l’équilibre Yin-Yang.

Ainsi, les sciences traditionnelles chinoises reposent-elles sur une métaphysique au statut particulier. La théorie du Yin-Yang part de l’observation concrète des phénomènes, et par induction, généralise de l’expérience à la loi. La médecine chinoise reconnait comme fondamentale  la dualité Yin-Yang, et constate depuis au moins 4000 ans qu’elle est applicable à l’ensemble des phénomènes humains, en la confrontant quotidiennement à l’expérience .